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Mot clé : coach

Coaching professionnel

Jean Taillardat, pour le compte de l’ICN et de l’ICFF, 25 mars 2009

Coach n’importe quoi

Le coaching professionnel souffre de l’utilisation abusive de ce terme devenu à la mode, d’une part, et des pratiques illégitimes qui lui sont attribuées, à tort ou à raison.

Faisons un détour iconoclaste par l’Echo des Savanes dans son article : Plus fort que les psys, n’importe co-ach ! « Désormais, il y a un coach pour chaque chose de la vie. Du mal à réussir le risotto, éduquer Milou ou combler femme ? Allô, Dr Coach ! A croire qu’on ne sait plus rien faire tout seul »…

Et l’auteur de poursuivre : « le coach est partout, pour tous, plus fort que le psy, moins chi… que l’expert. Des exemples ? Les profs de la Star Ac’ expliquent comment chanter juste à des chèvres, les Queers relookent un hétéro plouc et lui apprennent à mieux choisir ses yaourts, la Dream Clean Team force les ados crades à se laver les dents, le slip, la tête, alouette, les Boots Camp reçoivent des gosses difficiles dans des lofts disciplinaires, à faire des pompes ou la corvée de patates sous une pluie glacée d’insultes… »

Cet éminent journal recense le coach vocal (qui vous fait changer d’octave), le coach de home cleaning (qui lave de la cave au plafond), le coach culturel (qui vous fait réviser vos classiques), le love coach (faisons comme François Délivré et savourons le texte anglais : workshops, coaching and speakers service. Secrets of erotic love, hot monogamy, relationship intimacy, ejaculation control, multiple orgasms. Fun, easy, safe sex-positive learning for lovers), le coach de santé, le coach de look, etc.

Dans son numéro du 5 au 11 mars 2009, Paris Match met en garde : Coachs en tous genres, gare à la manipulation. « Dans une époque confuse, menaçante, en perte de repères, nous sommes tous un peu fragilisés. Conséquence, une société du formatage où les coachs aident leurs clients à remplir un rôle social… mais aussi à conditionner leur pensée même (1) ». Parole est donnée à Robert Ebguy, sociologue, pour qui « la première escroquerie du coaching est qu’il part du postulat que le monde, notamment l’entreprise, est immuable et intangible ». Affirmation péremptoire qui laisse peu de place au doute quant à l’intelligence et à la dignité des coachs ! « Deuxième escroquerie, ajoute-t-il, pour le coach, vous êtes responsable de vos défaillances. Mais, grace à lui, vous ferez fuir le looser, et vous ferez surgir le superman… Or, ajoute-t-il plus loin, le coach est payé par votre patron pour synchroniser vos ambitions et vos désirs avec ceux de l’entreprise ». Tout d’abord, je ne sais d’où R. Ebguy tient que le coach fait porter sur le coaché le poids de ses défaillances sans tenir compte du contexte, ceci est contraire à toute déontologie du coaching porfessionnel. Ensuite, synchroniser serait plutôt une bonne chose si cette synchronisation est la recherche d’un projet commun ; ce qui signifie que si le coaché ne se reconnaît plus dans le système d’orientation de l’entreprise, il est libre de poursuivre son chemin ailleurs. Nous reviendrons sur ce point.

Mais ne nous voilons pas la face ; quelle que soit la réglementation des métiers : notaire, avocat, psychothérapeute, médecin, il y aura toujours des gens qui privilégieront leurs intérêts particuliers au détriment du bien commun et de celui du patient. Nous verrons plus loin comment exercer une régulation efficace. Mais il existe un coaching professionnel, métier certes à la mode mais aujourd’hui reconnu dans une majorité d’entreprises, dans lequel des personnes investissent leurs intelligences, leurs temps, leurs formations et l’ensemble de leurs capacités pour accompagner d’autres personnes, des équipes, voire des organisations. C’est ce métier de coach professionnel qui nous rassemble ici ce soir.

Mon exposé se fera en trois parties :

  • Qu’est-ce que le coching professionnel ?
  • Qu’est-ce qu’un coach professionnel ?
  • Comment savoir qu’on a affaire à un coach professionnel ?

I – Coaching professionnel,

comment définir ce terme mieux que par ses constituants ? Pour qu’il y ait coaching, il faut trois parties : le coaché, le coach et le contexte. Et le point de départ du coaching est toujours le coaché.
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Le coaché

d’abord, est un être humain (même si le cocher originel dirigeait plutôt des chevaux…) d’une complexité extrême (2). Il est à la fois, et d’une façon totalement imbriquée :

  • matière, ensemble de molécules agrégées en tissus composant des organes assemblés en un corps qui englobe et dépasse l’ensemble de ses constituants,
  • esprit, intelligence au sens de capacité d’apprentissage et d’adaptation,
  • homo sapiens doté d’un cerveau hyperdéveloppé qui « fabrique la réalité » à travers ses perceptions et ses souvenirs,
  • être de culture, à la fois par le milieu dans lequel il s’est développé et par son histoire propre,
  • être de désirs, de pulsions, de craintes, cherchant à défendre son Moi identitaire.

Cet être humain est d’une complexité extrême , disions-nous, au point qu’on ne peut tenter d’appréhender son fonctionnement qu’en étudiant chacune des parties et en essayant, tant bien que mal, d’en faire une synthèse transdisciplinaire (3).

Un coach professionnel a les connaissances nécessaires et suffisantes, non pour comprendre (4) le fonctionnement du sujet qui est face à lui – les liens entre le geste, les affects, le fonctionnement du cerveau et le développement de la pensée, la vie fantasmatique, le langage et les symboles – mais pour faire des hypothèses qu’il peut proposer au coaché sans les lui imposer. Il a donc les connaissances nécessaires pour accompagner le coaché, ce qui ne veut pas dire qu’il est un expert en neurosciences, en physiologie, en psychologie, en anthropologie. En revanche, il s’est donné les moyens, par sa formation cumulée avec son expérience, de faire des hypothèses concernant la demande, les réactions physiques et orales, les attitudes, les opinions, les perceptions, etc. et de les proposer au coaché autant que nécessaire.

Le coaché et le contexte

Il n’y a pas de coaching en dehors d’un contexte. C’est le contexte qui fait la demande et sans demande de coaching, il n’y a pas de coaching professionnel. Ainsi les situations dans lesquelles l’accompagné n’est pas demandeur d’un coaching pour traiter d’un objectif particulier, ne sont pas celles d’un coaching professionnel. C’est le cas de la formation scolaire, de l’apprentissage, de la fin de vie, de l’entraînement à la tenue d’un poste ou à la réalisation d’une performance.
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L’inscription de la demande du coaché dans l’histoire pose une question délicate quant à la recherche d’un modèle de professionnalisme. Le cadre d’un life coaching diffère de celui d’un coaching familial ou de couple, qui diffère sensiblement de celui d’un sportif de haut niveau, qui diffère de celui d’un manager, parce que les cadres d’exercice diffèrent singulièrement.

Prenons le cas d’un sportif de haut niveau. Il ne pourra réaliser son potentiel et atteindre son niveau maximal de performance qu’accompagné dans la durée ; par un entraîneur qui est un spécialiste de sa discipline, par un préparateur physique qui est un spécialiste de la physiologie du corps, par un préparateur mental qui est un expert en matière de concentration des forces et des ressources grâce au mental. Ainsi Diagana, par exemple, a été suivi par un entraîneur et un préparateur mental durant toute sa carrière. Comme il le dit, ces deux personnes lui ont appris à parfaitement connaître son corps et à exploiter ses ressources. Le travail a fait le reste et s’il a pu être champion du monde, ce n’était pas parce qu’il était le plus doué de sa génération (5), mais parce qu’il a mobilisé toutes les parties de son corps, depuis la pointe de ses pieds jusqu’à sa tête, pour exécuter des courses au mieux de ses capacités physiques. Ainsi Yannick Noah a-t-il eu des entraîneurs de tennis, des préparateurs physiques et des préparateurs mentaux ; Nelly Michelin a été l’une de ses préparateurs mentaux, grâce à laquelle il a pu remporter Rolland-Garros. En revanche, le sportif de haut niveau peut avoir besoin d’un coach pour réussir sa reconversion (Yannick Noah n’en a pas eu besoin !), ce qui est une demande ponctuelle. Les métiers de préparateurs physiques, d’entraîneurs ou de préparateurs mentaux appartiennent-ils à la catégorie des coachs professionnels ?

Prenons un autre cas, celui d’un élève en échec scolaire. Il a eu besoin d’identifier les opérations mentales qu’il n’utilisait pas dans le recueil, le traitement et la restitution de l’information, puis d’apprendre à s’en servir. C’est le but que se fixent des formateurs spécialistes du développement cognitif et de la gestion mentale. De nombreuses méthodes ont été mises au point, parmi lesquelles le PEI, les ARL, Tanagra, l’APIH, les cubes de Miallet. Cependant, derrière toutes ces méthodes, il y a la capacité du formateur à utiliser les douze critères de médiation identifiées par Feurstein et Paris V. Apprendre à apprendre est-il à classer dans la catégorie du coaching professionnel ?

Prenons un troisième cas, celui d’un manager qui n’atteint pas le niveau de performance attendu de lui par son responsable hiérarchique. Trois solutions se présentent à lui : se former, trouver un autre job dans lequel ses capacités naturelles trouveront à s’exprimer ou faire appel à un coaching. Dans ce dernier cas, s’agit-il de le « remettre en ligne (6) » ou de faciliter son investissement dans un projet personnel dans ou en dehors de l’entreprise. Se poser en médiateur entre la personne et l’entreprise, au risque de jouer le rôle du chausse-pieds pour faire entrer en douceur la personne dans le rôle que l’organisation attend de lui peut-il être classé dans la catégorie du coaching professionnel ?

Un autre cas peut se présenter. Le candidat à un coaching veut apprendre à exploiter ses potentiels. Ce n’est pourtant probablement pas à un coaching qu’il lui faudra faire appel mais, parce que cette démarche s’inscrit dans la durée, à l’accompagnement d’un maître, dans le sens de guide, de précepteur, de professeur, de mentor. Est-ce le rôle d’un coach professionnel ?

Abordons enfin un dernier cas où une personne n’arrive pas à franchir seule une situation délicate, voire dangereuse. Cette personne pourra estimer qu’un coaching lui permettra de franchir ce cap difficile et fera une demande en conséquence. Ce qui ne signife absolument pas que cette personne n’aura pas à envisager d’autre formes d’accompagnement, à finalité plus thérapeutique. Je citerai l’exemple de cette personne qui consulte des coachs dans le but d’entrer au CELSA (7). Cette personne a par ailleurs une histoire lourde : mère témoin de Jéhovah, jeunesse d’endoctriment, mariage arrangé avec un témoin de Jéhovah, fille répudiée par sa mère et sa communauté lorsque qu’elle divorce et quitte cette secte. Sa demande de coaching porte sur un but précis et ne consiste en rien à engager une thérapie, qu’elle suit par ailleurs ; elle veut entrer au CELSA . Un coaching professionnel peut-il trouver sa place ?

Le coach.

Pièce maîtresse et pourtant humble du dispositif, le coach est celui grâce à qui le coaché accède à ses ressources pour trouver les réponses à ses questions. Pour cela, il met en œuvre une formidable empathie et manifeste sa confiance inaltérable dans les capacités de son coaché. Il exerce grâce à elles une influence capitale sur le coaché. Il le sait et sait aussi à quel point cette influence peut être dangereuse. Il aura donc mené un intense travail sur lui-même pour être au clair avec ses motivations, ses propres représentations du monde et sa conception du monde et de l’être humain. Lui-même être de pulsions, de craintes et de désir, de répulsions et d’attractions, d’intérêts conscients et souvent niés, il sait ce qui l’agite, et en premier son choix du métier de coach. Car on peut être porté à se mettre au service d’autrui sans pratiquer le métier de coach, comme on peut consciemment ou inconsciemment l’avoir choisi pour d’autres raisons bien plus troubles. Si beaucoup de femmes s’orientent dans cette voie, ce peut être pour mobiliser leur « parent nourricier ». Si beaucoup d’hommes s’engagent dans cette voie, ce peut être en réaction à la dureté du monde de l’entreprise. Pour les uns et pour les autres, en ces temps économiquement difficiles, c’est aussi le moyen de se reconvertir dans un métier valorisant et rémunérateur, ou du moins vu comme tel, jusqu’aux désillusions lourdes de conséquences. Mais n’est-ce pas aussi un moyen d’exercer un pouvoir sur autrui ? ou bien le fruit d’une tendance à prendre la position du « sauveur » ? ou bien une tentative de résoudre ses propres difficultés existentielles en s’occupant des autres ?

Comment être au clair vis-à-vis de soi-même sans avoir fait un travail, souvent pénible, de développement personnel (8) ? Le coach a besoin de savoir comment s’est créée, a émergé la personne qu’il est devenue. Le pire, pour quelqu’un qui se met au service des autres par le coaching professionnel, est de se mentir à soi-même (la self-deception d’Edgar Morin) ? Le coach sait qu’il est à la fois un être de lumière et de ténèbres, de beauté et de laideur, de clarté et d’ombre ; le Petit Prince et le Démon. Il sait aussi que l’être humain consomme plus d’énergie à nier et à cacher au regard des autres ce qu’il n’aime pas en lui qu’à exploiter ce qu’il aime en lui. Il a identifié les valeurs qu’il porte et l’origine de ces valeurs ou croyances. Et il a appris à ne pas juger les valeurs des autres. Il sera au clair avec cela. Il saura aussi que les notions de bien et de mal sont extrêmement troubles, que le bien engendre le mal comme le mal engendre le bien, comme la mort et la vie n’existent pas l’un sans l’autre. Ce qui me fait dire que le coach doit avant tout être un philosophe, se doter d’une formation philosophique minimale et avoir fréquenté les maîtres que sont les anciens : Sénèque, Marc-Aurèle, Epictète, mais aussi Bouddha, Jésus (9), Confucius, Lao-Tseu, à tout le moins.

Le coach s’est donc fait une philosophie de la vie, qu’il entretient et questionne régulièrement.

Mais comment peut-il être au clair avec la mission qu’il s’assigne s’il ne connaît pas le contexte dans lequel il l’exerce et les conséquences de ses actes et discours ?

Le coach et le contexte

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Les temps modernes nous montrent à l’évidence que le sens de la justice et de l’équité, derrière les beaux discours, est peu partagé, aussi bien dans le monde économique que dans le monde politique. L’entreprise, dont on dit qu’elle est un lieu de réalisation personnelle, est aussi un lieu d’exploitation de l’homme par l’homme. Parce que l’homme est un prédateur, comme tout être vivant, c’est-à-dire qu’il survit, assure son confort et son développement en exploitant son environnement, et il ne peut en être autrement, sauf à accepter le total dénuement ou la vie d’anachorète, ce qui n’est pas exclus, et même dans ces conditions il continue à consommer et à rejeter. Que je sache, peu de coachs sont des ermites, et surtout pas des coachs professionnels ! Le coach ne peut pas ignorer le monde dans lequel il vit à l’instar du coaché. Certes les échanges de biens et services ainsi que la libre circulation des biens et des personnes créent de la richesse au sein de l’humanité, mais à quel prix ? Pillage des ressources des pays pauvres, exploitation éhontée des réserves de matières fossiles non renouvelables, pollution généralisée sont la contrepartie du « confort » des pays développés. Par ailleurs, propagande et manipulations médiatiques sont le fait de la grande majorité des compagnies, des partis politiques et des Etats (10).

Il a donc mené une réflexion sur le monde qui l’entoure, la société dans laquelle il vit, l’économie qui régit les rapports d’échanges mercantiles. Et, puisqu’il intervient dans le monde de l’entreprise, il en a l’intelligence et l’expérience. Joseph Spigitz, Friedman, Daniel Cohen, Noam Chomsky nous proposent des interprétations riches de questionnements des rapports entre les hommes, les communautés et les techniques.

Citoyen du monde, il ne tient pas sa culture comme unique au monde ; a contrario, il cherche à comprendre le cadre culturel d’autres pays, d’autres régions, d’autres peuples, par la rencontre de personnes différentes, à sa porte comme dans les voyages.

Mais s’il veut, et cela est nécessaire, porter un regard critique sur le monde qui l’entoure et sur sa perception même du monde, en définitive le coach aura développé son sens critique et suivi le petit cours d’autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon (11). C’est là peut-être sa première formation, pour intégrer toutes les autres. Et la fréquentation de Bachelard et de Popers l’aidera à renforcer sa fonction critique.

Conscient de ses responsabilités citoyennes, il évalue sans cesse sa contribution au bien-être de l’humanité en même temps que de la personne qu’il a en face de lui. Il a fait sien avec Kant « l’impératif catégorique », qui peut se résumer à : « ne fais rien qui, s’il était généralisé, se traduirait par un plus grand mal pour l’humanité ». Encore une fois, le coach professionnel fait œuvre de philosophie. Il tâche d’actualiser ses « humanités ». Il ne se considère pourtant et surtout pas comme un ange (12) ; il vit de son métier et, s’il contribue à la création de richesse, il considère qu’il est normal d’en vivre confortablement et d’organiser « une dérivation des flux financiers » à son profit. Ainsi, il se sent libre de pratiquer et d’ajuster ses tarifs en fonction de la situation du coaché, coaching solidaire inclus.

Le coach et le coaché

Ma conviction est que le coach est au service du coaché, avant tout, et quel que soit le contrat passé avec l’entreprise. Pourquoi ? parce que l’entreprise a besoin de partenaires engagés, en accord avec le métier, les missions, les valeurs et les buts poursuivis par l’entreprise. Certes, on peut toujours essayer de faire entrer les personnes dans un cadre et l’on ne manque pas de moyens pour cela, mais un jour ou l’autre, le malaise de la personne grandira au point qu’il y aura crise. Il est toujours possible de créer les conditions d’un management par le stress, pratique pour laquelle M. Goutard a été élu manager de l’année et a fait nombre de conférences au début des années 90. Il est également possible d’asservir un homme, une communauté, voire un peuple (13). Joule et Beauvois dévoilent les ressorts de la manipulation dans deux ouvrages : « Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens » et « Soumission librement consentie ». Donc, le coach, qui possède les techniques et outils de la manipulation – de l’influence intègre, selon Gennie Laborde -, sera d’autant plus porté à vérifier la valeur de ses valeurs, à renforcer son éthique.

La relation qui s’établit entre le coaché et le coach est double : c’est celle d’une confiance réciproque et celle d’un contrat. Si le coach doit faire preuve d’une formidable empathie, comme nous l’avons dit plus haut, la relation qu’il établit avec le coaché ne sera jamais démagogique. Etre avec le coaché, intégralement avec lui comme dans une relation amoureuse (14), voire suivre une démarche paradoxale, autant que nécessaire, et le provoquer, le surprendre, le cadrer autant que nécessaire. Ainsi, tout en étant totalement à l’écoute du coaché et disponible à sa personne, le coach ne perd jamais de vue la raison du coaching, la demande du coaché, qui fait l’objet du contrat.
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Le fait que le coach ait le regard fixé sur l’objectif à atteindre en fait un didacticien et un pédagogue. Didacticien, il rassemble les éléments disparates et dispersés fournis par le coaché au fur et à mesure de sa progression afin de préparer ses séances ; pédagogue, il l’accompagne dans sa dynamique et dans l’évolution de sa pensée et de ses émotions. C’est aussi en tant que pédagogue qu’il reste en permanence ouvert à l’imprévu, au mystérieux de l’être humain, comme à ses détours et ses essais de fuite.

Pour favoriser l’ouverture du champ des possibles chez le coaché, il utilise aussi bien des métaphores, des histoires, voire des contes, que des exemples concrets issus de sa propre expérience, sous la forme : « cela me rappelle… » ou « cela me fait penser à… », toujours en laissant au coaché le soin d’exploiter ces données.

Il peut même se faire que le coach organise pour le coaché des épreuves pour le mettre dans des situations qu’il n’a jamais vécues et qui sont de nature à favoriser ses prises de confiance. Ce peut être un combat sur un tatami, une promenade publique avec un nez rouge, un franchissement d’obstacle, une « montée sur scène », etc. La difficulté est alors pour le coach de calibrer ces pratiques qui tiennent de l’initiation en fonction des besoins du coaché et des limites de ses propres compétences. Rien ne l’empêche d’ailleurs de se faire accompagner par un spécialiste pour telle ou telle épreuve.

Que chaque séance débute par la parole du coaché pour dire ce qu’il a vécu et ses « états internes » présents paraît évident, nous n’insisterons pas. Que le coach utilise les mots, les expressions, les gestes et les mimiques du coaché en pratiquant le rasoir d’Ockham ; que, par une démarche maïeuticienne (15), il le pousse à approfondir sa compréhension de ce qu’il a vécu paraît aussi évident. Que le coach engage le coaché à expérimenter de nouvelles façons de se comporter entre deux séances, que la séance se termine par un temps de parole du coaché et d’évaluation de sa progression – ou de sa non-progression, car le coach n’est pas maître de l’évolution du coaché -, tout cela fait partie à notre sens du B-A-BA du métier de coach.

Ce qui est moins facile d’accés pour le coach et qui demande une longue pratique, voire une longue vie et déjà un niveau élevé de sagesse, c’est d’accepter l’Autre dans sa singularité, son entièreté, son étrangeté, c’est d’accepter de ne jamais le com-prendre, s’en faire une idée claire, mais simplement de « l’embrasser dans son ensemble » sans jamais l’enfermer, de l’aimer tel qu’il est.

II – Qu’est-ce alors qu’un coach professionnel ?

Le coach professionnel, après ce que nous avons dit dans le chapitre précédent, est une personne qui a acquis le savoir et la pratique correspondant à son métier :
Vis-à-vis de lui-même :

  • il dispose d’une tête bien faite et d’un sens critique soutenu par une solide formation intellectuelle,
  • il se connaît et se reconnaît dans toutes ses composantes, capacités, compétences et imperfections,
  • il s’applique à lui-même les principes d’exigence et de tolérance en même temps,
  • il maintient un bon équilibre de vie,
  • il s’enrichit sans relâche par le contact avec ses pairs, les maîtres… et les coachés.

Vis-à-vis du coaché :

  • il se met en totale disponibilité pour accueillir l’autre,
  • il crée les conditions et le climat de confiance qui favorisent l’expression personnelle du coaché,
  • il est sensible à tous les signes qui proviennent du coaché comme de ses propres émotions et états internes,
  • il sait et accepte totalement de ne pas percer le mystère de l’autre,
  • il dispose de techniques pour surprendre, « déstabiliser » le coaché, car il n’y a pas d’apprentissage sans désapprentissage, de gains sans perte.

Vis-à-vis du contexte :

  • il se tient informé de l’état des connaissances sur l’homme et le vivant,
  • il se tient informé de ce qui se passe dans le monde, de différents poins de vue,
  • il apprend sans cesse l’histoire et les cultures,
  • il étudie les différentes formes d’organisation sociale et entrepreneuriale,
  • il exerce son esprit critique sur tout ce que rapportent les médias de toutes sortes.

Bien évidemment, on ne devient pas coach professionnel en trois jours et une formation, fut-elle d’excellente qualité. Quelle que soit la valeur du coach – dont on sait qu’elle n’attend pas les années (à revoir), j’imagine difficilement un coach professionnel ayant moins de quarante ans de vie.

III – Comment savoir que l’on a affaire à un coach professionnel ?

En oeuvrant pour protéger les métiers de la psychothérapie, l’Etat met de l’ordre dans cette fourmillière des soit-disant psychothérapeutes. On peut se demander combien de personnes ne pouvant pas accéder à ce titre se reconvertissent en coachs, puisque le métier de coach n’est pas réglementé. Idem pour les formateurs, psychologues amateurs, consultants, DRH, etc.

Les quatre étapes du choix d’un coach professionnel

Le bon sens veut d’abord que l’aspirant coaché se renseigne auprès des personnes de son environnement, de son entreprise. Si l’entreprise a retenu et référencé des coachs sur des critères précis, on peut y accorder crédit après avoir vérifé le bien-fondé de ces critères. Il est possible de passer à côté du coach d’exception, mais celui-là ne tardera pas à être reconnu. Ce qui n’empêche d’exercer son sens critique, de choisir son coach parmi plusieurs, et de ne jamais accepter de se retrouver en situation de dépendance.

Ensuite, le candidat coaché, avant de se précipiter, explorera les possibilités de son environnement. Quelles sont les personnes ressources autour de lui ? Sous le sceau de la confidentialité, il pourra leur demander de l’écouter pendant une à deux heures, en « posture de coach ». Instructif. Il pourra aussi faire une première démarche de formation. La plupart des séminaires de management aujourd’hui adoptent des démarches de coaching (16). Qui plus est, un séminaire de management de qualité, donc s’inscrivant dans la durée, permet à la fois le coaching collectif et le travail en groupes de pairs (17).

Le candidat coaché regardera ensuite du côté des Ecoles de coaching, qui ont proliféré dans l’hexagone devant la demande de formation au coaching. La plupart délivrent des certifications autoproclamées. On peut s’interroger devant la validité de tels certifications non validées par ailleurs, d’autant que la sélection à l’embauche passe souvent après les considérations mercantiles (le marché de la formation au coaching est « juteux »). Si l’école a bonne réputation, la certification qu’elle délivre peut cependant être une garantie.

Enfin, les associations de coaching se donnent pour mission de promouvoir le métier de coach et de défendre celui de coach professionnel. Là encore, on peut s’interroger sur la pertinence de garanties décrétées par des associations émanant et dépendant de telle ou telle université, ou de telle école. Le candidat coaché aura intérêt à s’adresser aux association les plus ouvertes sur les écoles et sur le monde.

Probablement pourtant, la reconnaissance des coachs de la part des coachés est le moyen le plus sûr de ne pas se tromper. Encore une fois, vous ne trouverez pas que des coachs qui vous conviennent, mais vous aurez le choix (18). Comment donc savoir qui est reconnu par les coachés ?

Les certifications

Deux grandes organisations présentent en France cette caractéristique d’être indépendantes de tout organisme de formation, la SF Coach (19) et l’ICF France (International Coach Federation)() . Si ces deux associations offrent aux postulants les ressources de professionnalisation, elles marquent l’acquisition d’un niveau de qualification associé à un titre : membre associé et membre titulaire pour la SF Coach ; ACC (coach associé certifié), PCC (coach professionnel certifié) et MCC (maître coach certifié). L’ICF affiche de façon précise les conditions à remplir pour acquérir chacune des qualifications. Vous trouverez les tableaux détaillant ces conditions sur le site de l’ICFF www.icff.org en cliquant sur « en route vers la certification ». Nous en donnons une synthèse en annexe 2. Le processus de certification promu par l’ICFF s’apparente fort à celui de la VAE (validation des acquis de l’expérience) et pourrait d’ailleurs pouvoir trouver un écho dans les mondes universitaires français et international.

L’ICF et la SF Coach ont par ailleurs créé chacune un code de déontologie, et les deux se ressemblent fort, c’est heureux. De plus, l’ICF met en exergue les 11 compétences du coach :

Les 11 compétences du coach de l’ICF

Etablir les fondations

1. Respecter les directives éthiques et les normes professionnelles.
2. Etablir le contrat de coaching : comprendre ce qui est exigé et se mettre d’accord avec le nouveau client sur les procédures et la relation de coaching.

Co-créer la relation avec le client

3. Construire un climat fondé sur la confiance et le respect.
4. Créer une relation spontanée avec le client par une communication ouverte, souple et rassurante.

Communiquer avec efficacité

5. Ecouter avec attention les dits comme les non-dits et favoriser l’expression personnelle du client.
6. Poser des questions pertinentes qui permettent de révéler les informations nécessaires.
7. Pratiquer une communication directe et indirecte.

« Apprendre à apprendre » à réussir

8. Être capable d’intégrer et d’évaluer avec précision les sources multiples d’informations et présenter des suggestions qui aident le client à atteindre les objectifs fixés.
9. Co-créer des opportunités d’apprentissage continu, pendant les séances de coaching et les situations quotidiennes, afin d’entreprendre de nouvelles actions qui génèreront le plus efficacement possible les résultats souhaités.
10. Planifier et établir des objectifs.
11. Être capable de centrer son attention sur ce qui est important pour le client et le laisser assumer la responsabilité de ses actions.

Ces compétences générales devront être approfondies et appliquées aux différents types de coaching. Le CA de l’ICFF a mis cet approfondissement à l’ordre du jour de ses travaux pour la saison 2009-2010.

En synthèse, nous rappelons ce qui peut paraître une évidence : le coach professionnel est celui qui exerce le métier de coach et en vit principalement, même s’il peut exercer parallèlement d’autres métiers, qui peuvent être de formation et de conseil d’un côté, d’accompagnement à tendance thérapeutiques de l’autre. Nous souhaitons aux lecteurs soit de faire appel avec succès à un coach professionnel, soit de devenir lui-même un coach professionnel, si tel est son choix.

1. Trouver ce genre de formule dans une revue comme Paris Match, qui contribue largement à formater les esprits, n’est pas le moindre des paradoxes. De plus, dans l’expression même, on trouve ici un paralogisme classique qui fait passer du prémisse « nous sommes fragilisés »… à « société de formatage » sans aucun lien logique, technique même de désinformation. – retour au texte

2. On dit d’un système qu’il est complexe s’il est composé d’un grand nombre d’éléments variables reliés par un jeu d’interactions elles-mêmes variables. – retour au texte

3. Cette tentative de synthèse transdisciplinaire est vouée à l’échec car il faudrait que chaque spécialiste soit capable de comprendre et d’intégrer les connaissances de toutes les autres spécialités. Pourtant, tels Sysiphe, le choix de ne pas recommencer sans cesse cette tentative ne nous est pas laissé, sauf à descontruire définitivement l’homme, comme le vivant, comme la matière, et à ne plus rien comprendre du tout. – retour au texte

4. Ceci est probablement pour le coach professionnel le point de vigilance majeur : toute sensation de comprendre – sensation qui elle est une réalité – devient une erreur fondamentale quand elle se traduit par la croyance correspondante. – retour au texte

5. C’est lui qui le dit. – retour au texte

6. Dans les années 80, les entreprises jamonaises avaient trouvé la solution de centres de formation spécialisés, véritables camps de redressement social. Le cadre « démotivé », celui qui ne s’incline qu’à 30 ° pour saluer, dont on n’entend pas la voix forte et claironnante pour chanter chaque matin la gloire de l’entreprise, est soumis à des brimades telles que la simple mention du fait qu’il pourrait être envoyé en formation le « redresse » instantanément. Les autres, qui n’y arrivent pas, apprennent le service du thé, réservé aux femmes, sont dirigées par des femmes (oh, l’horreur !), disposent d’une douche pour 20, ce qui les oblige à se lever longtemps à l’avance pour pouvoir se laver tous les jours. Voilà une forme de coaching que Robert Ebquy pourrait vilipender… – retour au texte

7. Elle le fit, avec un plein succès dans ses études, dans sa vie professionnelle ensuite et, en partie par voie de conséquence, dans sa vie privée ensuite. – retour au texte

8. Si l’on fait référence à la fenêtre de Johari, le connu et l’inconnu de soi et de l’autre formant quatre quadrants, une thérapie de groupe faite avec honëteté révèle jusqu’à l’inconnu et soi et de l’autre, par une sorte de voyage initiatique. – retour au texte

9. Indépendamment de toute religion, Jésus, à travers ce qu’en disent les quatre Evangiles de l’église catholique, est un maître à vivre. – retour au texte

10. « Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective business, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ». Patrick Le Lay, ex PDG de TF1, Les dirigeants face au changement, Editions du huitième jour, Paris, 2004.
Les sciences médicales remportent la palme des fraudes scientifiques, avec 52 % des cas de fraude impliquant la fabrication de données dénoncées partout dans le monde depuis les premiers balbutiements de la science. P. Gravel, De Ptolémée à Newton et Poisson, ,tiré du Devoir, 2002 – retour au texte

11. En automne 1990, une toute jeune fille appelée Nayirah se présente devant à Washington devant le Human Rights Caucus de la House of Representatives et elle décrit, en larmes, comment les soldats irakiens ont pris d’assaut un hôpital du Koweït où elle travaillait comme bénévole, volé des incubateurs et tué ou laissé mourir 312 bébés, qui agonisèrent sur le plancher de la maternité. Les médias diffusent ces images partout dans le monde et Saddam Hussein, l’ami très cher, devient immédiatement le « Boucher de Bagdad », un tyran pire que Hitler. Or Nayirah est en fait Nayirah al Sabah, la fille de l’ambassadeur du Koweït à Washington, qui n’a jamais rien eu à voir avec cet hôpital mais dont le témoignage a été préparé et soigneusement mis en scène par les cadres de l’entreprise de relations publiques Hill and Knowlton, qui venait de signer un contrat lucratif de 10 millions de $ avec les Koweïtiens pour argumenter en faveur de l’entrée en guerre des Etats-Unis. Cité par Norman Ballargeon, petit cours d’autodéfense intellectuelle, Lux Editeurs 2006 – retour au texte

12. « Quelle est la différence entre Dieu et un coach ?…
Dieu ne se prend pas pour un coach », nous dit Edouard Stacke. – retour au texte

13. Relisez donc Noam Chomski. – retour au texte

14. C’est une relation amoureuse ! au sens où Comte-Sponville l’entend quand il s’exprime sur l’éthique. C’est dire que le coach prend aussi le risque de la relation dans ce qui ne sera jamais un simulacre de co-construction avec un coach professionnel ; lui-même sera exposé aux surprises, aux remises en question. La supervision ne consiste surtout pas simplement à savoir si le coach « a bien fait son boulot », s’il a suivi les bonnes méthodes, a posé les bonnes questions, a appliqué les bons outils. Même si les notions de transfert et de contre-transfert sont en principe réservées à la psychanalyse, ce qui se trame en chacun dans une relation approfondie est source de questionnement, donc d’apprentissage, donc d’augmentation de son professionnalisme. – retour au texte

15. Socrate était coonfronté aux sophistes qui voulaient le « piéger ». Il « se contentait » de reformuler leurs propositions d’une façon aussi exacte que possible, aux différents phases de leurs raisonnements. Platon montre qu’en général à la septième reformulation, Socrate conduisait ses interlocuteurs à l’aporie (a-poros, en grec, sans porte) à l’impasse, les amenant à revoir leurs positions. – retour au texte

16. Le formateur professionnel en efficacité personnelle et/ou collective, en management, en affirmation de soi, etc. n’a pas attendu le coaching pour accompagner chacun des stagiaires dans sa progression vers l’atteinte des objectifs pour lesquels il s’est inscrit. – retour au texte

17. Cf. Notre article dans La Lettre de Thema, www.themaconsultants.fr – retour au texte

18. De plus, vous vous poserez la question de la raison de votre choix de tel ou tel coach : est-ce qu’inconsciemment, vous n’aurez pas tendance à choisir le coach qui vous dérangera le moins ? puisque nous savons que toute personne demandeuse de changement personnel aura tendance à tout mettre en œuvre pour ne pas changer. – retour au texte

19. Auxquels on peut ajouter la Fédération française de coaching, voire l’Association européenne de coaching, très liée cependant à l’univesité Paris 8. – retour au texte

20. Il existe le titre de membre postulant qui indique bien la nature de débutant. – retour au texte